2. La gestion des égouts
EAU ET ASSAINISSEMENT (2)
La gestion des égouts
Lagunages et stations d’épuration, pour traiter les eaux d’égout, utilisent des microbes. Friands d’excréments, d’urine et autres matières organiques, les microbes n’ont aucun appétit pour les nombreux polluants minéraux présents dans les égouts. Ces polluants ne sont donc pas éliminés par les installations d’épuration. Que deviennent-ils ?
Une partie d’entre eux pollue l’Orb où est déversé, après traitement microbien, le contenu des égouts. L’autre partie pollue les « boues » produites par ce traitement.
Victor Hugo déplorait que les excréments humains ne soient pas utilisés comme engrais agricole. Dans son célèbre roman « Les misérables » on lit : « Vous jetez le fumier à l’égout. Jetez-le au sillon ». Ce conseil a été en partie suivi. 60% environ des boues françaises sont actuellement épandus comme matière fertilisante sur les terres cultivées. Jusqu’à une époque récente c’est la totalité des boues biterroises qui étaient valorisées de cette manière.
Encore faut-il que ces boues soient saines : elles ne doivent pas contenir de polluants susceptibles d’altérer la qualité des récoltes ou de polluer les eaux souterraines qui alimentent puits et rivières. A l’époque de Hugo les égouts ne charriaient que des déchets organiques : excréments, urines, jus de vaisselle, eaux savonneuses des bains et lessives. Tout cela pouvait devenir un excellent fertilisant agricole. Mais au cours du 20ème siècle l’industrie a inventé et mis sur le marché d’innombrables produits chimiques souvent toxiques. Après consommation beaucoup de ces produits passent dans l’Orb ou dans les boues d’assainissement.
Que trouve-t-on dans les boues ?
A 90% environ elles sont composées d’eau. Le reste est constitué principalement par les microbes qui se multiplient en dévorant la matière organique des égouts. Quels sont les polluants qui rendent les boues dangereuses en agriculture ? En réponse à cette question le dossier d’enquête publique (mai et juin 2015) sur le projet d’incinérateur de boues évoquait uniquement la présence de métaux lourds sans préciser lesquels. Interrogée sur ce point la communauté d’agglomération Béziers Méditerranée, qui est chargée de l’eau potable et de l’assainissement nous a répondu le 09/11/15 en nous donnant une très courte liste où ne figurent que 4 métaux lourds : cadmium, plomb, nickel et mercure. Nous avons répondu à l’agglo que si les boues ne contiennent qu’un si petit nombre de polluants métalliques, il est facile de remonter à la source, d’identifier ceux qui déversent ces substances dans le réseau d’égout et de mettre fin à ces déversements.
La police des égouts
Le plomb peut provenir des conduites qui acheminent l’eau potable aux bâtiments. Les vieux branchements en plomb, dans les rues où il y en avait encore, sont actuellement remplacés par des tuyaux en plastique. Ce problème sera donc bientôt réglé. Les déchets de cadmium, de nickel et de mercure sont, eux, émis par des usines. Or les industriels sont légalement tenus de traiter eux-mêmes tous leurs déchets. S’ils veulent, après ce traitement, déverser des liquides épurés dans le réseau d’égout, ils doivent demander et obtenir l’autorisation de la communauté d’agglomération. Celle-ci a donc tous les moyens d’exercer une police efficace et d’empêcher la pollution des égouts et des boues par les déchets industriels. C’est beaucoup plus rationnel que de vouloir brûler les boues au prétexte qu’elles sont polluées. L’incinération en effet ne fait nullement disparaître les métaux lourds qui subsistent intégralement dans les cendres et les fumées de l’incinérateur, polluant ainsi les cultures environnantes et les eaux souterraines.

