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Lette adressée à Robert Ménard

A Monsieur Robert MENARD                                                                                         Béziers le 21/04/18

Maire de Béziers

Vice-président de la CABM

 

Objet : gestion des déchets

 

Monsieur

 

Merci pour votre courrier ci-joint du 28 mars 2018. Il a le mérite de montrer que vous approuvez sans réserve le projet d’incinération des déchets biterrois alors que vous promettiez, début 2014, quand vous étiez candidat à la mairie, de « refuser tout projet d’incinération ».

Pouvez-vous me fournir la liste complète des molécules qui seront vomies par la cheminée du futur incinérateur ? M. Bernard AURIOL, à qui j’ai fait plusieurs fois cette demande par écrit, n’a jamais pu fournir cette liste. Et je prévois que je ne la recevrai pas non plus de vous. Or si vous ne savez pas plus que M. Auriol ce qui sortira de cette cheminée comment pouvez-vous affirmer que la future usine respectera l’environnement et le bien-être des riverains ?  

« Nous restons vigilants, écrivez-vous, pour que l’exploitation soit conforme à ce qui est prévu » Vigilants ? Comment le croire ? Après enquête nous avons découvert que la mairie de Béziers n’a même pas vérifié si la construction de l’incinérateur respecte les prescriptions du permis de construire que vous avez accordé à l’agglo… Avec une vigilance comme la vôtre, les pollueurs auront toute latitude pour intoxiquer la population.

Vous m’invitez à saisir la préfecture en cas de besoin. Nous avons à 2 reprises et par écrit demandé à la préfecture de réunir la commission de suivi de site créée pour l’incinérateur. Nous espérons qu’au cours de la réunion de cette CSS l’agglo sera obligée de répondre à nos questions et objections au lieu de se dérober comme elle le fait constamment. Mais la préfecture refuse de convoquer la CSS.  La transparence règne à tous les niveaux. La CSS serait certainement réunie si la Mairie de Béziers en faisait la demande. Mais vous ne souhaitez visiblement pas la réunion de la CSS …

VALORBI, l’usine biterroise de traitement des déchets sise dans la zone de Mercorent, fonctionne selon vous « sans problème ». Ce n’est donc pas un problème, pour vous, que des communes, en nombre grandissant (52 à ce jour !), fassent traiter leurs ordures à Béziers par VALORBI et que notre ville devienne ainsi le dépotoir, la décharge de l’Ouest héraultais ?  Ce n’est pas non plus un problème pour vous que BRAULT, entreprise de travaux publics, ait construit une usine d’enrobage à chaud de matériaux routiers à proximité immédiate de VALORBI et arrose ainsi de vapeurs de bitume le compost de VALORBI ? Lors de l’enquête publique, de nombreuses entreprises de Mercorent ainsi que l’INAO, qui est soucieux de protéger la viticulture, se sont tous opposés à l’implantation de l’usine BRAULT à cet endroit. Mais la mairie de Béziers, elle, a donné son aval à cette implantation. Peut-être estimez-vous que les vapeurs d’hydrocarbures ne nuisent ni à la qualité du raisin, ni à la santé des personnes qui travaillent dans la zone de Mercorent et que les hydrocarbures améliorent le compost de VALORBI . Ce n’est pas non plus pour vous un problème que l’agglo veuille transformer en CSR (combustible solide de récupération) une bonne partie des ordures reçues à VALORBI. Brûler, on ne sait où, une partie des ordures de 52 communes en plus des 15.000 tonnes de boues et graisses d’assainissement qui seront brûlées par l’incinérateur de la plaine Saint-Pierre, voilà qui va singulièrement améliorer l’air que respirent les poumons biterrois.  

D’innombrables scientifiques, notamment des chercheurs en médecine, s’élèvent contre l’incinération des déchets. Ainsi le professeur Charles SULTAN, endocrinologue au CHU de Montpellier, estime qu’il est suicidaire de vivre à proximité d’un incinérateur de déchets. Je vous ai adressé le manifeste de l’ARTAC (association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse), association de chercheurs en médecine dont le manifeste est intitulé « L’incinération, un véritable scandale sanitaire, environnemental et socio-économique ». Tout cela en vain. Vous n’avez pas d’oreilles pour les scientifiques, vous n’en avez que pour les industriels comme Brault ou comme la Lyonnaise des eaux, inspiratrice et seule bénéficiaire du projet d’incinération.  

Comme vos collègues de l’agglo vous ne tenez aucun compte de la directive cadre européenne N° 2008/98/CE qui recommande le recyclage des déchets et déconseille leur incinération. L’incinération n’est pas encore formellement interdite mais en attendant cet interdit elle est soumise à la taxe générale sur les activités polluantes.  C’est la reconnaissance officielle que l’incinération est polluante (contrairement à ce que prétendez). D’autre part le rôle de cette taxe, qui a vocation à s’alourdir au fil des ans jusqu’à devenir écrasante, est de dissuader les élus de brûler les déchets. Vous qui prétendez vouloir baisser les impôts, vous condamnez les Biterrois à payer une taxe de plus en plus lourde parce que vous avez fait un choix pervers dans le traitement des déchets.

Sur tout cela nous aurions pu avoir une discussion approfondie, un échange salutaire entre Mairie et citoyens dès 2014 s’il existait à Béziers un comité consultatif de l’environnement. Mais après avoir promis avant votre élection que vous organiseriez une fois élu, des comités consultatifs et des référendums locaux vous avez violé cette promesse comme vous avez trahi votre engagement de « refuser tout projet d’incinération ».

Bien entendu les propriétés immobilières, bâties ou non bâties, vont inévitablement perdre de leur valeur à proximité d’une usine d’incinération. Et ne croyez pas que les fumées se borneront à polluer le voisinage immédiat de l’usine : le nuage de Tchernobyl ne s’est arrêté ni aux limites de cette localité ni aux frontières de l’Ukraine : il a balayé une bonne partie de l’Europe. Nous recevons parfois à Béziers, transporté par le vent du sable venu de la lointaine Afrique. Le vent, fréquent à Béziers, dispersera très loin les molécules toxiques et les particules fines de l’incinérateur.  

Malheureusement les Biterrois ne peuvent compter sur la mairie ni pour protéger leur santé ni pour défendre leurs biens immobiliers. C’est profondément regrettable.

Avec mes meilleurs sentiments de citoyen biterrois, d’écologiste et de démocrate.

Robert CLAVIJO